
Baléares
Quatre îles qui ne se ressemblent pas : une Majorque de montagne et de calanques, une Minorque plate et pastorale, une Ibiza de pinèdes et de criques, une Formentera réduite à ses dunes et à un lagon. Les Baléares se choisissent île par île, plus qu’elles ne se visitent en une seule fois.
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Les Baléares regroupent quatre îles principales, posées en Méditerranée occidentale, et chacune tient sur un socle différent. Majorque, la plus grande, porte au nord-ouest la Serra de Tramuntana, une chaîne calcaire qui tombe presque droit dans la mer et qui a été façonnée, pente après pente, en terrasses de culture tenues par des murets de pierre sèche empilés sans mortier depuis des siècles. Minorque, plus à l’est, reste nettement plus plate : un plateau bas, quadrillé de champs bordés eux aussi de pierre sèche, avec un relief si discret qu’on en oublie parfois qu’elle est une île montagneuse à son échelle. Ibiza et Formentera, plus au sud, partagent un même socle de collines basses couvertes de pins et de criques creusées dans une roche plus tendre. Majorque vit sur ce contraste entre montagne et plaine. Sur les contreforts de la Tramuntana, des villages de pierre ocre s’accrochent aux pentes parmi les amandiers, dont la floraison blanchit les vergers avant le reste de la végétation. La plaine centrale, Es Pla, a longtemps dépendu de moulins à vent destinés à puiser l’eau des nappes souterraines, dont les carcasses de bois et de toile, ou de métal pour les plus récents, se dressent encore au milieu des champs. Les grandes fermes de l’île, les possessions, rassemblaient sous un même toit de tuiles la maison, les dépendances agricoles et parfois une chapelle, autour d’une cour intérieure — une organisation que l’on retrouve aujourd’hui dans nombre de maisons que l’on y loue. Sur la côte est, les calas entaillent la roche en petites baies de sable clair cernées de pins, si étroites que certaines ne se rejoignent encore que par un sentier à flanc de falaise. Minorque a choisi un autre rythme. L’île est restée plus pastorale que ses voisines, quadrillée de parets seques, des kilomètres de murets de pierre sèche qui séparent les champs sans jamais les refermer complètement au regard : on roule ou on marche entre deux lignes basses de pierre, et le paysage reste lisible d’un champ à l’autre, chaque parcelle se détachant de sa voisine sans qu’aucune haie ne vienne fermer l’horizon. Elle garde aussi, disséminés dans la campagne, des talaiots, des tours de pierre sèche en forme de cône tronqué bâties à l’âge du bronze, et des taulas, d’étranges monuments en forme de T dont on ne comprend toujours pas complètement l’usage. Les ports naturels de l’île, Maó et Ciutadella, se sont développés au fond de longues baies abritées, loin des falaises ouvertes que l’on trouve ailleurs dans l’archipel. Ibiza garde, loin de sa réputation nocturne, un intérieur resté rural : des fincas blanches aux volumes simples, posées au milieu des amandiers et des oliviers, et des villages dont les églises fortifiées rappellent un temps où la côte devait se défendre seule contre les incursions venues de la mer. Cette architecture cubique, blanchie à la chaux, a d’ailleurs inspiré des architectes modernistes venus s’y installer au siècle dernier, séduits par sa simplicité. Formentera, plus petite et plus plate que toutes les autres, se résume presque à ses dunes et à son lagon, Ses Salines, un plan d’eau turquoise et peu profond né d’anciens marais salants dont on distingue encore les bassins rectangulaires entre les dunes et les pins ; on ne l’atteint que par la mer, depuis Ibiza. On ne trouvera pas aux Baléares une seule île, mais quatre versions différentes d’un même archipel : une montagne qui tombe dans la mer, une campagne pastorale quadrillée de pierre, des pinèdes trouées de criques, un lagon sans relief. Ce qu’on y cherche, c’est justement ce choix — une île qui correspond à un rythme plutôt qu’un programme, qu’on la veuille montagneuse, plate, boisée ou réduite à une plage et une dune.
Y aller, quand venir
Chaque île se visite pour elle-même, et une voiture y reste nécessaire pour rejoindre les criques et les villages de l’intérieur, hors des grands axes touristiques de Majorque et d’Ibiza. Les ruelles des centres historiques, à Palma comme à Ciutadella, se parcourent à pied. L’été y est chaud et sec, la chaleur tempérée par le vent de mer sur le littoral ; le printemps, marqué par la floraison des amandiers sur Majorque, et le début de l’automne restent les saisons les plus calmes pour découvrir l’intérieur des îles.
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