
Pouilles
Le talon de l’Italie, entre deux mers, où des maisons coniques en pierre sèche voisinent avec des fermes fortifiées passées à la chaux. Les Pouilles se découvrent village blanc après village blanc, sans jamais vraiment presser le pas.
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La région occupe le talon de la botte italienne, entre l’Adriatique à l’est et la mer Ionienne au sud, et elle ne ressemble à aucune autre partie du pays : pas de hautes montagnes, mais un plateau calcaire qui ondule doucement, troué de dolines et strié de murets de pierre sèche empilés sans mortier depuis des générations. Le Tavoliere, au nord, s’étend en plaines de blé que l’on traverse en ligne droite, presque sans relief. Plus au sud, la Murgia hisse ses pentes pierreuses couvertes de pâtures et de chênaies clairsemées, avant que la terre ne s’adoucisse vers le Salento, la pointe la plus méridionale, resserrée entre les deux mers et plantée d’oliviers aux troncs noueux et creux, dont certains ont l’âge d’un paysage plutôt que celui d’un arbre. C’est cette pierre calcaire, tendre et blonde, qui donne son caractère à toute la région. Dans la Valle d’Itria, elle se taille en petites voûtes coniques, les trulli, empilées sans liant et coiffées de pinacles peints à la chaux — une toiture que l’on raconte facile à démonter, autrefois, lorsqu’un impôt menaçait. Autour, les masserie, grandes fermes fortifiées aux murs épais et à la cour intérieure, gardaient le bétail et les récoltes à l’abri des incursions venues de la côte ; beaucoup sont aujourd’hui des maisons que l’on loue, sans avoir perdu leurs voûtes basses ni leurs puits de cour. Plus au sud, à Lecce, la pierre change de ton : un calcaire doré, tendre sous le ciseau, a donné un baroque foisonnant de volutes et de visages sculptés sur les façades des églises. Ostuni, elle, inverse le propos : toute la ville haute est passée à la chaux blanche et se voit de loin, posée sur sa colline, avant même qu’on en distingue une seule rue. Les deux côtes ne se ressemblent pas davantage que les terres. L’Adriatique déroule de longues plages de sable clair et des falaises basses que l’on descend par des escaliers taillés dans la roche. Le Salento bascule d’une mer à l’autre sans presque de transition : criques ioniennes d’eau claire sur fond de sable blanc d’un côté, calanques plus abruptes et grottes marines de l’autre. Entre les deux, la campagne reste la même, plate ou à peine vallonnée, plantée d’oliviers à perte de vue — leur silhouette seule suffit souvent à dire où l’on se trouve. Le rythme d’un séjour ici tient à cette platitude du relief : on circule facilement entre les villages, sans les cols ni les lacets qui rythment un séjour en montagne. On loge volontiers dans une masseria isolée au milieu des oliviers, avec sa propre cour et des murs qui tiennent la fraîcheur — les Pouilles se vivent en extérieur, sous les pergolas et dans les jardins clos, plus que derrière des volets fermés. On passe d’un village blanc à un autre en une matinée, on s’arrête dans les ruelles de Lecce pour lever les yeux vers les façades sculptées, on redescend vers la mer en fin de journée. Rien n’impose d’enchaîner les étapes : la région se parcourt par petites journées, au gré des villages qui se découvrent l’un après l’autre derrière une oliveraie. Ce qu’on vient y chercher n’est pas le faste des grandes stations balnéaires. C’est une campagne encore travaillée, où les maisons de pierre appartiennent au paysage plus qu’elles ne le dominent, et des villages qui se méritent un peu pour être trouvés. On n’y trouvera ni les hauteurs alpines, ni la densité des grandes villes d’art du nord de l’Italie : les Pouilles restent une région rurale, où la mer et l’intérieur se répondent sans jamais vraiment s’imposer l’un sur l’autre.
Y aller, quand venir
Une voiture reste le moyen le plus simple de passer d’un village à l’autre : les masserie les plus isolées se trouvent loin de toute rue que l’on pourrait remonter à pied. Les ruelles des villages blancs et de la vieille ville de Lecce, elles, se visitent mieux à pied qu’en voiture, beaucoup étant fermées à la circulation. L’été méditerranéen y est chaud et sec, et l’ombre des pergolas ou des ruelles devient alors la vraie affaire de l’après-midi ; les ailes de saison, plus clémentes, laissent davantage de temps pour s’arrêter dans chaque village plutôt que de les enchaîner.
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